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Il était une fois … l'ETIQUETTE

 

Selon l’encyclopédie de Diderot et d'Alembert, parue de 1751 à 1772, l'étiquette est un terme juridique désignant "en style de palais, un morceau de papier ou de parchemin que l'on attache sur les sacs des causes, instances ou procès, sur lequel on marque les noms des parties et de leurs procureurs". L'origine de ce mot remonte à l’époque où les procédures étaient rédigées en latin. On écrivait sur le sac "est hic quoestio inter n... et n...", et souvent au lieu d'écrire "quoestio", on mettait seulement "quoest", ce qui faisait "est hic quoest". Cette "est hic quoest " est devenue "étiquette ".

D’après nos dictionnaires de l’An 2000, le mot "étiquette" désigne un morceau de papier fixé sur un objet pour en indiquer la nature, le prix, le possesseur, la destination…

 

 

 

L'obscurité la plus complète règne sur l’origine de l’étiquette de vin. Les rares ouvrages consacrés à c e sujet sont parus au cours de ces quarante dernières années. Elle ne saurait précéder 1728, date avant laquelle le transport du vin en bouteille n'était pas autorisé.

L’histoire de l’étiquette est indissociable de celle de l’imprimerie, et en particulier de la découverte de la lithographie par Alois Senefelder à l’extrême fin du XVIIIème siècle. Cet écrivain de théâtre allemand, éprouvant des difficultés, à dupliquer ces manuscrits à sa convenance, entreprit des recherches afin de les éditer lui-même. Il découvrit ainsi qu’une image dessinée sur une surface de pierre avec un crayon gras repoussait l’eau et attirait l’encre. Ce procédé devint un moyen aisé de reproduire des images raffinées sur nos étiquettes. La lithographie sera développée à Bordeaux à l’initiative de Cyprien Gaulon et de son gendre, l’imprimeur Wetterwald.

 

                        

 

Si un certain nombre de musée présentent des bouteilles aux formes irrégulières exhibant des étiquettes avec des millésimes antérieurs à 1800, il s’agit, avec une quasi-certitude, d’exemplaires rétrodatés. Ainsi, au musée du vin de Beaune, on peut voir quelques étiquettes portant date de 1798. A la Commanderie du Bontemps à Pauillac, deux bouteilles portent des étiquettes datées de 1800. Si l'appellation est imprimée, le millésime est manuscrit. A Spire, en Allemagne, il existe une bouteille de vin ancienne portant une étiquette avec la mention manuscrite "Steinwein, 1631er" mais au dessus, une couronne... lithographiée, encore une étiquette rétrodatée. S’il existe dans les vitrines de Moet et Chandon à Epernay, des bouteilles avec des étiquettes de 1741 et 1743, elles sont en réalité des reproductions céramiques du début du XIXème siècle de ce qui était censé être utilisé auparavant.

La première étiquette dont les spécialistes sont assurés de l’authenticité est une " Liebfrauenmilch 1800 " portant le demi-millésime 18 imprimé, le reste est manuscrit. C’est vers l’Allemagne et la Champagne qu’il faut chercher les étiquettes les plus anciennes. L’origine de l’étiquette daterait donc approximativement de cette date.

En Champagne, vers 1820, certains négociants proposaient leurs vins avec une étiquette contre un supplément de prix. Les premières étiquettes lithographiées étaient peu informatives et purement décoratives, riches en entrelacs, guirlandes, fleurons, rinceaux, véritables œuvres d ‘art de la part des premiers graveurs.

 

 

Le millésime apparaît vers 1825. C’est ainsi que nous connaissons les meilleures années de cette première moitié du XIXème siècle : 1825, 1834, 1839, 1842, 1846. Le nom de producteur apparaît vers 1830. Les premières étiquettes ornées d’un paysage nous viennent d’Allemagne et du Val de Loire mais dans les deux cas, les châteaux ressemblent plus à ceux du bord de Rhin qu’à Chambord ou Chenonceaux.

1845 apparaît comme une date charnière. L’étiquette quitte une relative sobriété. Drapeaux, blasons, armoiries, couronnes, lions vont se disputer la surface réduite de ce rectangle magique. L'étiquette du milieu du 19ème siècle ressemble plus à un diplôme qu'à une carte de visite. L’appellation Champagne n’apparaît que vers 1850. Elle remplace ou côtoie le nom des plus célèbres villages champenois (Sillery, Bouzy, Ay, Avize). D’abord monochrome, notre étiquette va s’enrichir d’une deuxième couleur dans un premier temps, puis jusqu’à une trentaine au cours de la deuxième moitié du XIXème.

Dans le Bordelais, l’étiquette la plus ancienne semble une Château de Malle 18.., des environs de 1840. La plus ancienne de Château Yquem est une 1858 des négociants Barton et Guestier. La plus vielle du Château Filhot ne remontent qu’à 1861.

Malheureusement, au fur et à mesure, qu’avance ce XIXème siècle, l’étiquette se dépouille jusqu’à ne comporter que les mentions informatives et perdre toute décoration. Au fil de la première moitié du XXème siècle, l’étiquette bordelaise a retrouvé un minimum d’ornement avec la représentation du château. Notre étiquette de Bourgogne est restée d’une très grande sobriété. L’étiquette alsacienne a toujours conservé un style particulier proche de nos voisins allemands.

 

                  

 

Ce n’est que récemment que l’étiquette, celles du Beaujolais en particulier, mais plus généralement celles des régions dont les vins se vendent plus difficilement, a retrouvé de l’éclat. Les créateurs d’aujourd’hui donnent plus librement cours à leur imagination. Du coté de l’imprimerie, l’offset a remplacé la lithographie.

Cette histoire de l’étiquette ne saurait oublier une initiative de qualité, celle du Baron Philippe de Rothschild qui a demandé en 1925 à l’artiste Carlu de lui dessiner l’étiquette du Château Mouton-Rothschild. Cette étiquette n’a pas pu s’imposer à cette époque mais il a récidivé à partir de 1945 en confiant chaque année à de grands artistes contemporains le soin de décorer ses étiquettes.

 

 

Références bibliographiques :

·        Le livre de l’étiquette de vin, Georges Renoy, Editions Vilo/Racine

·        L’étiquette du Champagne, Georges Renoy, Editions Vilo/Racine

 

 

Histoire de l'étiquette de vin
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